Quel futur pour les ESN "mid-caps" ? 3 questions à Yannick Carriou

Vous avez récemment co-animé le dernier événement du G9+, consacré aux ESN mid-cap, au cours duquel ont témoigné de nombreux dirigeants d’ESN ainsi que le patron de Syntec Numérique. Au final, que pouvez-vous dire sur la vitalité de ces ESN en France ?

Cette conférence nous a permis de remonter dans nos archives et de constater que sur une centaine de sociétés qui réalisait un chiffre d’affaires de 50 à 500M€ en 2009, beaucoup ont été rachetées et intégrées à des ensemble plus gros, mais 40% sont toujours en activité sous leur propre bannière en 2019. Deux ont même dépassé aujourd’hui le milliard d’euros de chiffre d’affaires (GFI et Econocom) et s’inscrivent dans le top 10 du marché…

Les ESN mid-cap d’aujourd’hui sont encore en phase de croissance, d’environ 10% par an en moyenne, soit près de deux fois la moyenne du marché : c’est à la fois le résultat d’une dynamique intrinsèque et de la poursuite d’une croissance externe assez intense pour un grand nombre d’entre elles. Ces ESN mid-cap sont donc un facteur de dynamisme indéniable du secteur. Même, si comme l’a montré le débat, cette situation n’est pas sans poser de questions sur leur devenir dans une industrie traversée par toutes les formes de transformation digitale.

Le destin d’une mid-cap est-il obligatoirement de grossir ou de se faire absorber ? Quelles sont les options possibles ?

Les patrons d’ESN convergent sur la nécessité d’accompagner leurs clients dans leurs projets de transformation, ce qui veut souvent dire aligner plus de ressources sur des projets transversaux de plus en plus importants. Il y a donc une forme de croissance obligée. Cette croissance est aussi imposée par le fait que la transformation numérique des clients fait appel à des compétences multiples dans un seul et même projet : management de l’innovation, design, plateformes digitales, cloud, cyber-sécurité, data analytics et IA... en plus des problématiques métier ! Les ESN peuvent bien sûr répondre à ces demandes en agglomérant des partenaires, mais très vite la question des ressources propres pour chacun de ces domaines se pose. Et encore une fois, cela crée un besoin de croissance. L’accord est unanime sur ce point.

En revanche, la question de l’obligation ou pas de passer par la case « international » pour cette croissance a fait débat : pour certains, il faut suivre les clients partout où ils se déploient, pour d’autres il y a déjà assez d’opportunités domestiques à saisir. Le passage à la gestion d’un groupe international est parfois un vrai challenge qui, s’il est adressé trop tôt dans l’histoire d'une ESN, génère beaucoup de difficultés. L’atteinte d’une taille critique sur le marché national semble être un choix de raison avant de se lancer dans des acquisitions à l’étranger, avec les enjeux de culture et d’intégration associés.

Quels axes stratégiques recommandez-vous de suivre pour assurer le dynamisme d’une ESN mid-cap sur le marché français – et intéresser les financiers ?

Les financiers présents ce soir-là ont souligné qu’il était parfois difficile de susciter l’intérêt des banques pour entrer dans le round de financement des ESN : la raison invoquée est le caractère cyclique de l’activité des ESN et une forme d’hyper-sensibilité à la conjoncture. Ce que montrent nos chiffres, c'est que si les ESN sont suffisamment développées dans les technologies qui sous-tendent la transformation digitale des entreprises (Cloud, IA, data analytics, IOT, cyber-sécurité…) elles atteignent des croissances plus fortes et présentent un caractère  moins cyclique. Cela peut aider à convaincre. Mais sans toutefois verser dans l’illusion : les investisseurs présents reçoivent des offres qui contiennent parfois tous les « mots magiques » du digital mais peu étayés de faits. Ne prenons pas les investisseurs, financiers et autres private equity pour les ravis de la crèche. Ils savent - parfois avec notre aide - décrypter les effets d’annonce et analyser la vraie valeur de l’entreprise technologique. Il vaut mieux les engager sur des plans de transformation bien préparés et structurés, mais sincères quant au point de départ.

Revivez cette soirée en visionnant le replay des différentes séquences de la soirée !